Repenser la mesure de la planification familiale à l’échelle mondiale : Intégrer les droits, la justice et une approche centrée sur la personneL'UIESP aux “Lundis de l'Ined” – 16 mars 2026
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Bénéficiant d’un financement de la Fondation Gates, Comité a pour mandat de chercher comment mieux mesurer les besoins et le recours à la planification familiale. Ses travaux s'appuient sur les cadres conceptuels des droits reproductifs, de la justice reproductive et d'une approche centrée sur la personne. Le Comité a présenté les conclusions d'un processus visant à rechercher un consensus international ainsi que d’un atelier de recommandations organisé en novembre 2025.
La présentation a souligné la nécessité de dépasser les indicateurs traditionnels axés sur la prévalence de la contraception, les besoins non satisfaits et la demande satisfaite, pour adopter des approches intégrant les droits humains, la justice et une perspective centrée sur la personne afin de mieux appréhender les préférences individuelles, l'autonomie et les droits humains.
Les cadres actuels, notamment l'indicateur 3.7.1 des ODD, reposent sur la notion de « demande satisfaite », fondée sur l'utilisation de la contraception par les femmes considérées comme en ayant besoin. Ces mesures ont été largement critiquées pour leur recours à des hypothèses concernant l'activité sexuelle, les désirs de fécondité et la situation matrimoniale, et pour l'amalgame qu'elles font entre le désir d'éviter une grossesse et le désir d'utiliser une contraception.
Si la notion de « besoins non satisfaits » a été considérée comme une avancée majeure dans la mesure des désirs de fécondité des femmes dans les années 1990, elle ne permet toujours pas de saisir pleinement les préférences et l'autonomie des individus. Un mouvement croissant en faveur d'une mesure centrée sur la personne vise à mieux aligner les indicateurs sur les droits et la justice en matière de reproduction en se concentrant sur les préférences et les expériences contraceptives autodéclarées.
La discussion a mis en lumière l’élan actuel et les principaux défis liés à l'élaboration et à la mise en œuvre de nouveaux indicateurs. Les intervenantes ont abordé des mesures émergentes telles que la gestion de la fécondité alignée sur les préférences (preference-aligned fertility management - PFM) et la concordance contraceptive, permettant d'identifier les personnes satisfaites ou insatisfaites de leur situation contraceptive actuelle. Les premières applications en Inde, en Ouganda et au Nigéria démontrent à la fois la faisabilité de ce type de mesure et leur intérêt croissant.
Pour l'avenir, le Comité a recommandé que, si la collecte de données sur les « besoins non satisfaits » doit se poursuivre afin de conserver la possibilité d'analyser des tendances, elle ne soit plus interprétée comme une mesure directe de la demande de contraception.
L’objectif à plus long terme est d’affiner et de mettre en œuvre des indicateurs fondés sur l’alignement. Cela nécessitera un travail plus approfondi sur la conception des enquêtes, notamment sur la formulation et l’enchaînement des questions, ainsi que sur la manière d’intégrer les préférences et la satisfaction propres à chaque méthode. Il sera également essentiel d’assurer que ces mesures seront applicables auprès de populations diverses, y compris les groupes marginalisés, et de communiquer avec une grande clarté pour les différents publics.
Dans l’ensemble, la discussion a mis en lumière une évolution plus large vers la mesure des aspirations et des capacités réelles des individus, plaçant ainsi l’autonomie individuelle au cœur des mesures démographiques. Le Comité publiera prochainement ses recommandations et a déjà contribué à un numéro spécial de la revue Studies in Family Planning, à la suite d’une réunion d’experts qui s’est tenue en mars 2024.
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