Épidémies, genre et institutions publiques aux XIXe et XXe sièclesPalma (Majorque), Espagne, 2-3 juillet 2026
Organisateurs :
Le séminaire international « Epidemics, Gender, and Public Institutions in the Nineteenth and Twentieth Centuries », organisé sous l’égide du Comité scientifique de l’UIESP « Épidémies et maladies contagieuses : l'héritage du passé », s’est tenu les 2 et 3 juillet 2026 à la Faculté de philosophie et des lettres de l’Université des Îles Baléares (UIB).
Le séminaire a réuni des historiens, des démographes et des chercheurs en santé publique à différentes étapes de leur carrière, d'étudiants en master et de jeunes chercheurs à des professeurs confirmés. Le programme était constitué de 7 séances, au cours desquelles 19 communications ont été présentées au total. Les intervenants provenaient d'horizons géographiques variés, avec des participants venus d'Espagne, d'Italie, du Portugal, de France, d'Allemagne, d'Iran et d'Uruguay. Au total, 30 personnes ont participé au séminaire.
L’objectif principal du séminaire était d’examiner les conséquences des épidémies dans une perspective multidimensionnelle et à long terme, en abordant leurs dimensions sociales, politiques et administratives, culturelles, urbaines et liées au genre. Alors que la démographie historique et l’historiographie des épidémies au sens large se sont traditionnellement concentrées sur les taux de mortalité globaux et les crises de mortalité, les interactions entre la dynamique épidémique et l’administration publique, les inégalités socio-économiques et les rôles de genre ont fait l’objet d’une attention relativement moins systématique.
Pour combler cette lacune, le séminaire s’est articulé autour de quatre grands axes thématiques :
La contribution scientifique du séminaire peut être résumée à travers quatre grands axes analytiques, qui reflètent ses principaux apports intellectuels et les implications plus larges des discussions.
1. Le renforcement et la centralisation de l’État par le biais de tensions infrastructurelles
L’un des consensus théoriques les plus solides de la rencontre a été que les crises sanitaires ont constitué des moments de tensions infrastructurelles (Alves ; Fernandes Gonçalves ; Moring). Ce phénomène a imposé la modernisation de la gouvernance urbaine et la consolidation progressive de l’État libéral (Cea). À cet égard, l’institutionnalisation des savoirs experts et/ou techniques a revêtu une grande importance, en particulier les savoirs liés aux professionnels de santé (Jüttemann). Deuxièmement, la tension entre centralisation administrative et fragmentation locale s’est progressivement résolue en faveur du centre (Coromina). Une certaine inertie dans les mesures de contrôle sanitaire et social était également manifeste. Ces mesures ont survécu aux avancées scientifiques et, plus précisément, à l’émergence de la microbiologie. Le recours aux cordons sanitaires pendant la pandémie de COVID-19 illustre la manière dont ces mécanismes historiques ont continué à façonner la gestion des épidémies (Puharić et al.).
2. L’anatomie des inégalités : marchés du travail, genre et « pénalités urbaines »
La propagation des agents pathogènes a accentué les inégalités de classe et de genre. Comme le démontre l’article consacré à l’épidémie de 1865 à Palma, la mortalité due au choléra était fortement influencée par les rôles de genre et les modes d’exposition à la contagion (Pujadas-Mora et al.). Parallèlement, la géographie et la structure urbaine de la ville ont façonné la répartition spatiale de l’infection, l’analyse identifiant les sources d’eau contaminées comme des lieux importants de transmission. Ce phénomène s’accompagnait également de la spécificité des pénalités urbaines. En Belgique, par exemple, des structures industrielles spécifiques ont fait que des groupes très différents, tels que les jeunes filles de la ville de Bruges et les jeunes hommes des ports d’Anvers et de Bruxelles, ont connu des taux de mortalité asymétriques au cours des mêmes épidémies (Devos). De même, la législation sur l’égalité successorale introduite par le gouvernement libéral à la suite de la Révolution française à partir de 1793 a pu avoir des conséquences négatives imprévues. Plus précisément, dans des contextes d’extrême pauvreté, les filles ont connu une surmortalité alarmante (d’Amelio et al.).
3. Le choc des épistémologies : la tension entre la « vérité populaire » et la science institutionnelle
Le séminaire a accordé une attention particulière aux dimensions socioculturelles de la santé, en examinant le fossé entre les diagnostics scientifiques émis par les institutions étatiques et les représentations mentales et idéologiques des communautés concernées. L’accent a été mis en particulier sur les dangers posés par les orthodoxies académiques dans les contextes scientifiques pré-microbiologiques, comme l’illustre le cas italien présenté par Tanturri. À l’inverse, même dans un contexte fortement marqué par la bactériologie, les croyances populaires et la recherche de boucs émissaires ont continué à prévaloir, comme l’illustre le cas de Santa Margalida (Majorque) en 1928 (Escales et al.).
4. Les infrastructures modernes, vecteurs de transmission des maladies
Enfin, plusieurs articles ont mis en évidence le paradoxe du progrès moderne : le développement des réseaux de communication rapides et la dynamique industrielle de l’ère libérale ont fourni des canaux efficaces pour la propagation des maladies. Cela s’est traduit par une mobilité accrue et une transmission accélérée qui ont facilité la propagation du choléra, comme l’ont souligné Zahra Behrouz Moghadam et al. De même, le lien entre l’industrialisation côtière et les réseaux ferroviaires a été mis en évidence par l’épidémie de 1885-1886 dans le Finistère, en France, un cas étudié par Jean-Marie Le Goff.
Ce séminaire a bénéficié du soutien de l’Asociación de Demografía Histórica (ADEH), du Comité « Épidémies et maladies contagieuses : l’héritage du passé » de l’Union internationale pour l’étude scientifique de la population (UIESP) et de l’action « The Great Leap » consacrée aux approches multidisciplinaires des inégalités en matière de santé, 1800-2022. Il s’inscrivait dans le cadre du projet de recherche « Épidémies, État et inégalités socio-économiques : prévisibilité et persistance, XIXe et XXe siècles » (PID2021-128010OB-I00), financé par le ministère espagnol des Sciences, de l’Innovation et des Universités. ![]()
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