Progrès et enjeux de l’enregistrement des faits d’état civil en Afrique à la conférence DEMOSTAF

Paris/Aubervilliers, France, 16-18 octobre 2019

 

Comité d'organisation:  Romesh Silva (UNFPA), Karen Carter (UNICEF), Bruno Masquelier (Université de Louvain), Everton Lima (NEPO - UNICAMP), Philip Setel (Vital Strategies), Irina Dincu (IDRC), Sofia Gruskin (University of Southern California).

 

Le comité scientifique de l'UIESP « Approches et méthodes démographiques pour renforcer les systèmes d'enregistrement et de statistiques de l’état civil »  a organisé deux séances axées sur les déterminants du sous-enregistrement des événements vitaux et les progrès réalisés dans l'amélioration de la couverture en Afrique, lors de la conférence internationale organisée par DEMOSTAF (Statistiques démographiques pour l'Afrique) sur le thème « Enjeux démographiques en Afrique : l’apport des données du recensement et de l'état civil » sur le nouveau Campus Condorcet à Paris-Aubervilliers (France) les 16-18 octobre 2019 (lire le rapport sur la Conférence ici ). Ces séances étaient parrainées par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), Canada.

 

Les chefs d'État et de gouvernement ont déclaré que 2017-2026 serait « une décennie pour repositionner les statistiques d’état civil dans le programme de développement continental, régional et national de l'Afrique » lors du sommet de l'Union africaine qui s'est tenu à Kigali (Rwanda) en juillet 2016. Pourtant, malgré l’augmentation importante des engagements politiques et financiers pour renforcer les systèmes d'enregistrement et de statistiques de l’état civil en Afrique subsaharienne, ceux-ci restent largement incomplets et déficients à travers le continent.

Ces séances ont porté sur le rôle que la démographie et les sciences sociales pouvaient jouer dans l’identification des défis et des opportunités qui attendent les pays africains pour progresser vers l'enregistrement universel des naissances et des décès. L'une des séances était consacrée à des travaux récents sur les déterminants immédiats du sous-enregistrement des naissances et des décès dans divers contextes de l'Afrique subsaharienne (Zimbabwe, Rwanda, Sénégal, Burkina Faso), tandis que la deuxième séance s’est intéressée aux progrès réalisés dans la couverture de l'enregistrement des événements vitaux au Burkina Faso, au Botswana (Neo Sebolao, Université du Botswana) et en Tunisie (Nadia Touihri, INS).

Les auteurs ont utilisé un large éventail de sources de données – allant des données récentes de recensements de la population et des logements, des enquêtes sur les ménages à petite échelle et représentatives au niveau national, des sites de surveillance sanitaire et démographique à des sources qualitatives. Chacune de ces analyses utilisent des méthodes classiques d'analyse des sciences sociales et servent d’appui aux décideurs politiques et aux praticiens cherchant à améliorer l'exhaustivité et la qualité de l'enregistrement des naissances et des décès à travers le continent. Neo Sebolao (Botswana) et Louis Niamba (Burkina Faso) ont présidé les séances, tandis que Michel Guillot (INED) et Patrick Gerland (ONU) ont discuté les différentes contributions.

 

 

L'analyse des déterminants et des prédicteurs de l'enregistrement des naissances au Zimbabwe (Kudzaishe Mangombe, Université du Zimbabwe) et au Rwanda (Patrick Nshimiyimana, Institut national des statistiques du Rwanda) montre que si certains progrès ont été réalisés ces dernières années (notamment dans le secteur de la santé ), un bon nombre de défis demeurent pour garantir que tous les enfants soient enregistrés à la naissance ou dès que possible, en particulier dans les pays à faible revenu. Bien que des progrès aient été accomplis en matière d'enregistrement des faits d'état civil, en particulier dans les zones urbaines (par exemple, un taux élevé d'enregistrement des décès à Dakar, au Sénégal, comme le montre Atoumane Fall, ANSD/UC Louvain, sur la base des données du recensement – mais avec la persistance de grandes différences de couverture selon l’âge au décès), les zones rurales sont encore confrontées à de nombreux autres obstacles, comme le montre l'expérience HDSS de Nouna (Louis Niamba et Irina Dincu, CRDI). Les auteurs observent une très faible couverture des décès (2,7%) et des mariages (1,9%) dans cette zone rurale du Burkina Faso. La couverture des naissances est plus élevée (~ 50%) mais reste néanmoins inférieure aux normes. Les auteurs relèvent de nombreux obstacles à l'enregistrement, notamment la négligence, les considérations financières, les retards administratifs et la distance aux bureaux de l’état-civil, qui peuvent expliquer le faible taux d'enregistrement. Ils soulignent également l'importance des incitations à l'enregistrement, notamment l’obligation de disposer d’un certificat pour certaines procédures administratives. Des incitations accrues sont en effet un levier important pour l'amélioration de l'enregistrement des faits d’état civil dans ce contexte. Malgré ces défis, des améliorations substantielles sont également possibles, notamment pour l'enregistrement des naissances comme on le voit au Burkina Faso avec le programme Bravo!, qui a produit une intensification prometteuse de l’enregistrement dans certaines régions rurales.

L'accent mis sur les facteurs individuels dans ces études est particulièrement utile pour trouver des solutions concrètes à l'amélioration de la couverture de l'enregistrement mais l'approche individuelle est utile pour deux autres raisons: (1) elle permet aux acteurs clés d'identifier les populations cibles qui bénéficieraient particulièrement des interventions ; (2) elle permet aux chercheurs de comprendre l'impact du sous-enregistrement sur les niveaux de mortalité et les différences sociales.

 

 

Neo Sebolao (Université du Botswana) et Nadia Touihri (INS) ont présenté respectivement l'expérience du Botswana et de la Tunisie et montré comment ces deux pays africains ont amélioré les statistiques d'état civil au cours des dernières périodes grâce à l'expansion et au renforcement de leurs systèmes d'enregistrement des faits d'état civil, à la modernisation, la rationalisation et l'informatisation des processus administratifs existants, mais aussi par une meilleure intégration du cadre institutionnel avec d'autres administrations impliquées dans l'état civil, notamment le secteur de la santé. Par exemple, les enregistrements des naissances et des décès au Botswana sont désormais conservés de manière centralisée (dans le cadre de pratiques d'archivage uniformes et normalisées), les enregistrements peuvent être consultés par les bureaux locaux pour l'enregistrement et la délivrance des certificats, et les enregistrements des événements vitaux survenus dans les établissements de santé sont transférés annuellement à Statistics Botswana. pour le traitement, la production et la diffusion des statistiques de l'état civil. La comparaison avec les données du recensement et d’enquêtes, la complétude de l'enregistrement des naissances atteint désormais 90% ou plus des événements survenus au cours de l'année spécifiée, tandis que le niveau d'enregistrement des décès est d'environ 80%. Cinq facteurs clés ont facilité cette augmentation des taux d'enregistrement : (1) un engagement politique et exécutif de haut niveau, (2) une obligation d'enregistrement dans toutes les zones géographiques du pays, (3) un réseau institutionnel très décentralisé – en 2017, 98% des naissances ont eu lieu dans des établissements de santé, (4) un solide programme de sensibilisation dans les zones reculées, et (5) une vigoureuse campagne pour l’enregistrement des naissances et des décès, également soutenue par les partenaires du développement. En plus d’une diffusion ponctuelle des statistiques, divers contrôles de qualité sont effectués lors du traitement de l'état civil et des statistiques (y compris l'appariement automatique des naissances et des décès à l'aide d'un numéro d'identification unique). Enfin, comme en Tunisie, la formation et la sensibilisation des officiers de l'état civil et des municipalités à l'importance et à l'utilisation des données collectées ont contribué à améliorer la qualité et le taux de notification de certaines statistiques.

 

Voir également:


Plan de publication: Une sélection d'articles sera soumise pour publication dans un numéro spécial d’une revue à comité de lecture.



Séances sur l’état civil en Afrique à la conférence DEMOSTAF :


CIVIL REGISTRATION AND VITAL STATISTICS 1: DETERMINANTS

Chair: Neo C. Sebolao (University of Botswana)

Discussant: Michel Guillot (INED)

  • Kudzaishe Mangombe (Univ of Zimbabwe) et al., Predictors of birth certificate possession among children aged 0-17 years in Zimbabwe: An analysis based on the 2012 Population Census
  • Patrick Nshimiyimana (National Institute of Statistics of Rwanda), Study on knowledge, attitude and practices of parents towards birth registration in Rwanda
  • Atoumane Fall (ANSD/UCLouvain), La déclaration des décès à l’état civil à Dakar : une exploration des facteurs explicatifs à l’aide des données de recensement
  • Louis Niamba (CRDI) et Irina Dincu (CRDI), Enregistrement des naissances et des décès à l’état civil dans l’observatoire de population de Nouna, Burkina Faso : États des lieux, obstacles et perspectives

 

CIVIL REGISTRATION AND VITAL STATISTICS 2: COVERAGE

Chair: Louis Niamba (CRDI)

Discussant: Patrick Gerland, UNPD

  • Nadia Touihri (INS, Tunisie), Recent Advances and Current Challenges in Vital Statistics Production from Incomplete Civil Registration data in Tunisia
  • Neo C. Sebolao (University of Botswana), Botswana success story of completeness of civil registration system?A case study
 
 
POSTER:
  • Mireille Davienne, Birth registration improvement in Burkina Faso over the last years and current challenges. The contribution of the BRAVO! Program